Le culte du XXIème siècle

mercredi 20 septembre 2017 0

Les jeunes générations délaissent le culte traditionnel. Face à cela, il faut s’interroger sur le sens que nous lui donnons.

Vous avez dit « culte » ? Le culte, qui, pour les générations qui nous ont précédés était resté à peu près immuable, devient aujourd’hui objet de questionnements, de renouvellement, voire de réactualisation ou d’adaptation culturelle. Savoir pourquoi, comment, et ne pas trop nous éloigner de situations concrètes vécues dans nos temples, les cultes « Graines nouvelles » mis en dates et en acte par les pasteurs du Consistoire de Saint-Julien tentent un renouvellement pour répondre au constat du décalage culturel et cultuel croissant entre les générations.

En effet, les « jeunes » désertent nos cultes liturgiques traditionnels et d’autres catégories de personnes (croyants et non croyants) s’en sont éloignées ou n’y ont jamais assisté. Nous souhaitons proposer alors à nos contemporains un culte dont la forme ne constitue pas en soi un handicap. « Dis-moi quel est ton Dieu et je te dirai comment est ton culte ». Qu’il soit de type familial, de type contemporain ou événementiel ou liturgique ou évangélique, des éléments très divers se conjuguent pour donner naissance à telle ou telle forme cultuelle. Cela dit, penser le culte comme lieu d’accueil me semble une priorité.

Dans notre tradition luthéro/réformée, nous avons plutôt tendance à penser que le culte est destiné aux membres habituels et réguliers de nos paroisses. Mais les mentalités aujourd’hui ont changé et il faut oser s’adapter. Prendre la mesure du climat et des états d’esprit de nos contemporains pour élaborer une nouvelle approche n’est pas trahir les habitudes ou les « prudences » d’hier.

Se montrer, se laisser voir

Il est évident aujourd’hui que nos concitoyens s’intéressent davantage à la spiritualité que leurs parents, qu’ils sont davantage indifférents à l’Eglise qu’hostiles, qu’ils sont nettement moins catéchisés que les générations précédentes… Il est également facile de constater que les personnes qui nous entourent cherchent des modèles et des repères, qu’elles ont soif d’authenticité et de cohérence, fatiguées qu’elles sont des idées creuses, des promesses non tenues, des discours ambivalents, etc. « Venez et voyez ! », dit Jésus.

Et à tous ceux qui s’interrogent assez pour oser une démarche, nous avons désormais envie de dire : Venez au culte et voyez. Voyez comment nous vivons notre foi en communauté, comment nous nous mettons à l’écoute du Dieu auquel nous croyons, comment, en toute humanité, nous tentons d’appliquer ce que nous pensons avoir compris du message de l’évangile pour le vivre, rejoindre l’autre différent et comment nous aimons dire à Dieu notre reconnaissance. Il ne s’agit pas de révolutionner les choses et de faire de l’Eglise un appartement témoin qui ne corresponde pas à la réalité, il s’agit simplement de rendre plus lisible, plus compréhensible, plus accessible la célébration que nous vivons. Il s’agit d’apprendre à dire en français courant la vérité qui nous anime.

Ainsi, « l’accueil », c’est avoir de quoi se présenter en tant qu’Eglise afin que les gens sachent où ils mettent les pieds et s’ils ont soif d’authenticité, nous devons pouvoir leur dire quelles sont nos vérités : notre représentation de Dieu, nos convictions implicites et explicites quant à « Dieu et la culture », la place que nous accordons à la Bible, les attentes, les audaces et les craintes, les traditions, l’équilibre entre la communauté familiale ici et maintenant et l’universalité de l’Eglise dans le temps et l’espace, la dimension de la communauté/paroisse , les capacités potentielles, etc… Un état d’esprit qui a vraiment à l’esprit le souci de « l’autre ». Finalement, se tourner vers les autres alimente sa propre attente d’être accueilli.

Ne pas confondre ambiance et spiritualité

Le culte est un moment sérieux. Cela participe aussi à l’accueil. Et si nous voulons bien parler de louange, même si les valeurs morale, sociale et éducative de la louange pour importantes qu’elles soient ne constituent pas la finalité de notre adoration dans la liturgie Luthéro – réformée, je dirais que l’objectif du culte n’est pas seulement de « se faire du bien !… », comme si la spiritualité n’était plus qu’émotionnelle et du domaine du ressenti.

Il est vrai que la mode du karaoké a facilité le « grand-écart culturel » auquel nous soumettons souvent nos visiteurs et néophytes…, cependant, la louange reste au service de la Parole. Elle est une expression de foi et un élément dans l’ensemble de la célébration. Elle dit autrement le message et ne doit pas être une mise en condition, voire une manipulation euphorisante ou une hypnose musicale. Certes les mouvements de jeunesse s’y retrouvent… mais il est à noter que les personnes de l’extérieur discernent rapidement une ambiance chaleureuse d’une manipulation psychologique.

Proposer plusieurs chemins

La prédication ne peut tout dire et c’est pourquoi nous pouvons penser que les cantiques choisis participent au thème du message. Et même y ajouter des saynètes ou du mime ou autres expressions scéniques afin qu’une part du message s’y inscrive, alors, chaque moment du culte s’emboîte dans le suivant comme les pièces d’un puzzle pour construire une pensée, un message, un enseignement, une leçon. Le tout est lié dans la prédication qui se déroule et chemine tout au long du culte. Ainsi préparée, amenée, illustrée, la Parole à recevoir a pris plusieurs chemins pour mieux être accueillie. Cela permet aux personnes « non initiées » de suivre plusieurs pistes possibles afin de mieux progresser dans la réflexion.

Ici, la forme du culte, tout comme celle de la prédication, est une condition essentielle d’accès au fond. Elle est une « aide » pour saisir la Parole que le culte célèbre. Tout est possible. Toutefois tout n’est pas possible partout ni tout le temps. Il faut arriver à conjuguer l’audace de la foi et le respect de ceux qui ne sont pas prêts à suivre. Cette façon de faire ne vise pas seulement les personnes nouvelles, mais aussi les enfants et les jeunes. Autrement dit, accueillir les gens, c’est faire l’effort de leur parler pour qu’ils nous comprennent.

Finalement la question toute simple à laquelle toute communauté/paroisse devrait répondre pour elle-même, c’est : « Pourquoi célébrons-nous le culte de la manière dont nous le célébrons ? ».

Eglise en chantier… Nous sommes en chantier, mais en fait, il semble que depuis ses origines, l’Eglise est un chantier. Elle ne cesse d’évoluer, de se transformer, de s’adapter, de se remettre en question. Si elle a atteint la stature qu’elle connaît aujourd’hui, c’est bien parce qu’elle ne s’est jamais figée dans des habitudes rassurantes. Et tant qu’elle sera en chantier, elle grandira et gardera fidèlement son identité.

Pasteur Patrick Pigé, paroisse de la Vallée du Rupt


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